L'aventure commence un 14 juillet 2005. Je me souviens comme il faisait beau : mon père tondait la pelouse, ma mère devait être dans le jardin, Romain était encore bien jeune et moi... Je me suis assise devant l'écran de mon ordinateur et c'est avec des gestes fébriles que j'ai écrit mon nom, mon prénom... Mes coordonnées pour ouvrir mon premier « skyblog ». Beaucoup commençaient à avoir cet espace privé paradoxalement public et dans lequel ils dévoilaient des photos, des questionnaires, des phrases, des textes. Mon année de Première était finie, j'étais en grandes vacances, je m'ennuyais, il faisait pourtant beau et j'appuyais sur l'icône : créer mon skyblog. Laura m'avait prouvé qu'on pouvait faire quelque chose d'autre qu'un espace niais et inutile : il pouvait aussi devenir un lieu de partage, celui qui allait nous réunir autour de souvenirs nostalgiques, de ces moments que l'on ne veut pas oublier, de furieux concours de longs commentaires en parenthèses ; un lieu de mémoire qu'on relirait avec un faible sourire.
Je commençais mes propres archives et les miennes seraient sur fond vert, parce que « le vert, c'est moche » avait – on décrété lors d'une soirée au CDN, or quoi de mieux qu'un fond moche pour un blog qui n'aurait pour seul but que celui d'être nullissime et absolument pas inédit ? Ainsi commence le règne de « chtong ».
Il y a un temps pour les présentations, les photos déjà vues sur tous les blogs de ses amis (qui n'en sont pas bien – sûr ;p), les textes je m'en foutiste et l'absence d'une quelconque mise en page. Après un coup de bluff magistral « j'arrête mon blog, j'ai rien à dire » auquel répond une foule de fans en pleurs et à genoux, Chtong trouve son nouveau souffle ("lol") : photos inédites mais toujours moches (on ne change pas une équipe qui gagne... Puis c'est difficile de faire autrement dans la mesure où ce sont des photos de moi et mon entourage) et des textes qui s'étoffent... du moins sur le plan de la longueur car pour ce qui est du contenu, ça parle moustique et parties de spider – solitaire... Et les choses seront ainsi pendant une 60aine de pages.
Terminale puis 1ère année de glan... de fac et « chtong » prend du gallon : un « o » supplémentaire, voici « Chtoong » le successeur, qui relatera les aventures d'une Laure toujours aussi pmplm mais qui pourtant grandit. Outre les visages, ce sont surtout les textes qui changent. Bienvenue dans le premier acte du drame d'une Laure en pleine détresse. Le résumé est simple : Guillaume, Pologne, loin, bouhouhou, malheureuse, mort, destin funeste, snif snif ... Et nous voici arrivés 30 pages plus loin lorsque le Guillaume est revenu : revenu, bonheur, vie géniale, chouette, youpi... Et nous voici ici.
En une centaine de page, je me suis exposée aux yeux de tous. J'ai raconté divers épisodes, diverses personnes, de ces 4 ans d'existence. J'ai voyagé sur la blogosphère. J'ai lu des gens fascinants. D'autres franchement dénués d'intérêt. J'ai rencontré quelques personnes qui en valaient la peine.
J'ai finalement développé une forme d'existence, ici, construite de caractères et d'images, à l'aide d'un clavier et d'une souris. Et cette existence a certainement plus de consistance qu'on ne veut l'avouer car sinon pourquoi est – ce qu'on aurait de la peine à quitter son blog ? Et même, du « mal » à s'en séparer ? Très altruistement, on voudrait croire que c'est parce qu'on quitte un monde dans lequel on y a rencontré des gens et qu'en quittant cette sphère, on quitte plus ou moins ces gens. Mais pour être honnête, j'avais déjà senti mon attachement à la blogosphère avant de connaître qui que ce soit, alors que mes seules lectrices étaient Elyse et Laura et quelques autres du lycée.
Ce qui différencie msn d'un blog, c'est la créativité chez ce dernier. Le blog, c'est un espace à soi. On a beau lui donner des allures de forum, encourager les gens à commenter et discuter, l'espace présent a pour sujet central : « moi ». Les gens viennent lire des évènements qui me concernent (et c'est encore mieux quand ils les concernent aussi) et surtout, les gens viennent lire ce que J'AI écrit. Littéraires ou je m'en foutistes, ce sont mes textes. Ce sont mes pensées. Dans cet espace, j'ai mes instants de célébrité. Et c'est pour cette raison que les blogs ont tant de succès.
A partir du moment où le blog a ses lecteurs, où j'ai mon audience, on ne s'en détache plus si facilement. On commence à y consacrer du temps : mettre en ordre ses idées, ajouter des couleurs, présenter l'article de manière à ce qu'il soit agréable, développer des réflexions plus générales sur l'existence ... Autant de choses que l'on fait même si elles nous prennent du temps, parce que l'on écrit plus pour soi mais pour les autres. Et écrire pour les autres implique de l'engagement personnel.
Et c'est ainsi qu'un jour, on prend conscience que l'on pense à ce qu'on va écrire, à l'avance, parfois dans des situations très éloignées d'Internet. Prendre des photos de ses amis en se les imaginant au « centre en bas » de son « article », au – dessus desquelles on écrira quelques phrases pour contextualiser le tout. Vivre un voyage et se réciter dans la tête alors qu'on prend le train les premiers mots qui introduiront le récit de l'aventure. Ne plus voir les réflexions inconscientes du quotidien qu'en police « times new roman » « taille 12 » en « gras » avec les « parenthèses en bleu », sans oublier de « justifier le texte » à la fin. Vivre le moment non plus seulement pour ce qu'il est mais pour ce qu'il sera figé. Vivre le souvenir plutôt que l'instant.
Le regard sur notre vie n'est plus seulement le nôtre mais aussi celui du journaliste qui la raconte aux autres.
C'est ça la pensée bloguesque :)
Depuis le temps hein ? Depuis 4 ans que je tiens un blog, cela fait peut – être 3ans et demi que je vous parle de ce concept, tout en remettant l'explication à plus tard. C'était d'abord par flemme et puis, réalisant le ridicule que prenait cette histoire, presque un suspense pour une pensée bloguesque finalement comme tant d'autres, je me suis dis que finalement, je ne l'expliquerais que le jour où je voudrais mettre fin à tout ça. De l'ironie en quelque sorte : expliquer le concept quand on ne le vit plus. C'était peut – être la meilleure chose à faire que raconter ce phénomène avec de la distance : comme une vraie journaliste. ^^ Et pourtant, si vous saviez le nombre de fois que j'ai pu vivre ce moment, celui de l'écriture de l'article : j'en ai imaginées des bribes de phrases, des phrases d'introduction, cherché les mots – clés qu'il me faudrait recaser. Et ironie du sort, encore, je n'ai plus la moindre idée de ce que j'avais pu imaginer. Cette histoire n'est de toute manière qu'ironie. Et ça me plaît bien de finir mon blog ainsi.
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